Une filière et des producteurs sacrifiés

Le jeudi 14 janvier dernier à Paris, au conseil national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV), nos représentants professionnels ont validé sans sourciller les mesures proposées par les autorités sanitaires.
Pourtant, des aménagements par zone et dans le temps auraient dû être défendus....
L’arrêt brutal de la production va avoir des conséquences catastrophiques pour l'ensemble de la filière foie gras.
Des accouveurs aux conserveurs en passant par les producteurs, 30 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects seront impactés.
Dans cette crise, les producteurs n'ont pas été défendus et ils vont payer lourdement l'addition.
Filière et producteurs sacrifiés

Christophe MESPLEDE, président du Modef des Landes

Outre sauver leurs exportations, les gros industriels de volailles (Tilly-Sabco...) ont réussi à faire ce qu'ils souhaitaient depuis longtemps : mettre à mal la filière foie gras qui vient les concurrencer sur le marché de la volaille et ce, avec la bénédiction de nos représentants.

La crise de l'influenza aviaire, on nous le répète régulièrement, n'est pas un enjeu de santé publique.

Alors, pourquoi nos représentants ont-ils accepté ce plan aussi facilement ?

Tout simplement parce qu'ils représentent par dessus tout les intérêts des entreprises industrielles :

D'abord, cette crise sanitaire va permettre aux gros opérateurs de restructurer la filière à l'image de qui se produit assez régulièrement dans la filière du porc en Bretagne. Et, le président du Cifog commence déjà à préparer les esprits : « Nous devons changer notre manière de produire »1.

Concrètement, l'élimination des petits élevages va permettre de concentrer un peu plus encore la production au prétexte de réduire les flux dans les transports d'animaux, d'aliments, etc.

Puis, dans un contexte de surproduction (stock de 6 000 tonnes de foie), cela va permettre à certains opérateurs locaux d'assainir leurs frigos en écoulant leurs réserves de foie gras et de magrets.

Enfin, les nouvelles mesures de biosécurité vont engendrer des investissements dans des bâtiments « en dur » dans les parcours. Elles vont peut-être obliger à travailler en bande unique, etc. Tout cela contribue bien évidemment à cette restructuration de la filière.

Lorsque le Président du Cifog dit : « On ne laissera personne au bord de la route », c'est faux !

L'objectif est de faire disparaître tous les producteurs qui ne veulent pas rentrer dans le rang et de parachever l'industrialisation de la filière.

L'heure est grave pour les producteurs qui doivent s'organiser pour se faire entendre.

Avec les producteurs, le Modef demande tout de suite :

  • L'assouplissement du plan de vide sanitaire (4 semaines),
  • Un statut sanitaire particulier concernant les producteurs label et en vente directe (éleveur-gaveur en autarcie),
  • Un accompagnement financier débloqué dans les plus brefs délais et permettant de compenser les producteurs en fonction du manque à gagner (avec une prise en compte des spécificités des producteurs fermiers). Autrement dit, des crédits fléchés pour les producteurs, en parallèle des indemnisations pour les autres maillons de la filière.
  • Le refus de toute dérogation visant à abaisser le cahier des charges Label ou IGP pour « rattraper » la baisse de production liée au plan d'assainissement (augmentation de densités en élevage, abaissement de la durée de gavage...).

Nous exigeons que les producteurs soient associés à la définition des solutions :

  • Les recherches sur un vaccin doivent aboutir rapidement,
  • Les mesures de biosécurité doivent être économiquement supportables et compatibles avec nos élevages plein air (maintien des tunnels légers..).

En IGP, il faut impérativement cesser cette « fuite en avant » qui consiste à faire produire des volumes toujours plus importants pour compenser la réduction des marges. Ces volumes alimentent la surproduction qui, en retour, pèse sur les prix payés aux producteurs. Finalement, seule la grande distribution en tire profit.

N'oublions pas la leçon. Nous ne pouvons plus compter sur « nos » grands dirigeants professionnels pour nous défendre. Prenons notre bâton (symboliquement) et faisons-nous entendre en rassemblant tous ceux qui partagent nos points de vue.

1 - Le Sillon daté du 15 janvier 2016

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