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Accueil MODEF / Dossiers / Influenza aviaire / L'avenir de la filière palmipède est en jeu

L'avenir de la filière palmipède est en jeu

Quelles années que celles de 2020 et 2021 !
Entre le virus Sars Cov-2 chez les humains et le H5N8 chez les volailles, le monde avicole aura été durement touché.
Alors que le dernier épisode d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) est à peine derrière nous, la filière palmipède et volaille reste dans l’incertitude quant à son avenir. Les indemnisations suite aux pertes subies en 2021 tardent, le moral et les trésoreries des éleveurs sont au plus bas et déjà le virus est à nos portes, avec la crainte particulière cette fois que la faune sauvage migre plus tôt que les années précédentes.
L'avenir de la filière palmipède est en jeu

ENJEUX

Comme dans de nombreux domaines de notre société, deux modèles émergent et s’opposent de plus en plus frontalement. Les partisans du gigantisme et de l’homogénéité d’un côté, et les défenseurs du minimalisme et de la diversité de l’autre. Ceux qui courent chacun de leur côté derrière le « toujours plus » et ceux qui lui préfèrent le « toujours mieux » ensemble. Mieux vivre, mieux produire, mieux consommer, pour mieux résister à tous les aléas qui s’annoncent déjà : climatiques, économiques, politiques, etc.

Dans le domaine avicole, cette confrontation des modèles prend une tournure inquiétante pour les filières traditionnelles de qualité et sous label. L’uniformisation sous cloches, appelées « bâtiments » dans le domaine qui nous concerne ici, semble être le seul avenir possible aux yeux des décideurs et des interprofessions.

Comme cela a déjà été évoqué dans nos colonnes au cours des derniers mois, début 2021, la DGAL a mis en place des groupes de travail réunissant l’ensemble des acteurs de la filière avicole autour de thématiques précises. Leur objectif était d’établir des protocoles qui permettent, si ce n’est d’enrayer définitivement le virus de l’influenza aviaire, au moins de lutter activement contre la contamination puis la propagation de ce virus.

Pendant de nombreux mois, les représentants syndicaux du Modef ont défendu les élevages de qualité en plein-air. Aux côtés de la Confédération paysanne, avec laquelle ils ont mené un travail de fond colossal, les représentants du Modef n’ont eu de cesse d’alerter sur les véritables facteurs responsables de la contamination et propagation du virus H5N8. Il semble bon de rappeler ici que ces dits facteurs de risque ont également été pointés du doigt dans l’avis rendu par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

TRANSPORTS ET CONTAMINATION

S’il est indéniable que des contacts avec la faune sauvage sont à l’origine de la contamination, ces contacts n’ont que rarement lieu dans les élevages plein-air. Le Modef et la Confédération paysanne rappellent dans le « Pacte pour une gestion efficace de l’Influenza aviaire » qu’ils ont corédigé, que le virus est majoritairement amené sur les exploitations par les intervenants extérieurs, qui, eux, ont été en contact direct ou indirect avec l’avifaune sauvage. Se déplaçant de ferme en ferme en suivant un protocole de désinfection trop léger compte tenu des enjeux, les transports liés à la segmentation de la filière palmipède sont à la fois responsables des contaminations des troupeaux et de la diffusion du virus.

C’est pourquoi les représentants syndicaux ont défendu et continueront de défendre la réduction des déplacements entre les fermes mais également celle des intervenants extérieurs sur les exploitations. En ce sens, les élevages autarciques ou en filière courte représentent des modèles vers lesquels il serait souhaitable de tendre selon le Modef.

Mais les transports ne sont pas l’unique cheval de bataille des syndicats progressistes.

DENSITÉ ET DIFFUSION

Le virus responsable de l’influenza aviaire a la caractéristique d’être très volatile. Depuis de nombreuses années les représentants du Modef dénoncent l’intensification de l’élevage de canards dans les Landes. Cette course au « toujours plus »(on y revient)a de nombreuses conséquences néfastes. La première est la présence de nombreux élevages sur des mêmes zones géographiques, mais également une densité d’animaux très forte à l’intérieur des exploitations. Pour un virus tel que le H5N8, c’est une aubaine ! Il peut se développer à loisir. La densité territoriale permet au virus de se propager très rapidement de proche en proche. Conséquences pour les éleveurs : on abat les animaux, même sains par prévention, parce que les pouvoirs publics et les interprofessions sont incapables de mettre en place de véritables outils préventifs et de véritables politiques qui permettent de préserver la filière.

Une autre conséquence de l’intensification est la perte de sens de la profession d’éleveur traditionnel et la perte en qualité des produits.

La solution est pourtant simple selon le Modef et la Confédération paysanne : réduire la densité d’animaux. Ils proposent de plafonner la production pendant les mois d’hiver : fixer une limite de 3 canards au m² pour les élevages avec bâtiment ; de n’autoriser que les élevages dont le nombre d’animaux est limité en cas de projet d’installation de nouvel atelier volaille ou palmipède afin d’éviter d’augmenter la concentration ; de fixer un plafond de densité basé sur des éléments scientifiques qui servirait de référence (unité géographique laissée à l’appréciation de la science).

BIOSÉCURITÉ ET ANTICIPATION

Il est évident qu’au-delà de mesures a posteriori, des dispositifs d’anticipation sont à mettre en œuvre pour limiter les contaminations et éviter les diffusions. Les syndicats progressistes estiment les audits « palmiGconfiance » insuffisants. Ils demandent une analyse de biosécurité adaptée à chaque exploitation afin de déterminer au plus juste les capacités d’accueil dans le respect du bien-être animal et d’une production de qualité. A ce titre, ils ont élaboré en lien avec Dr. Laurent Deffreix, vétérinaire, une grille d’évaluation qui permet une analyse biosécurité précise et adaptable pour chaque exploitation. Les critères qu’ils y ont développés reprennent l’ensemble des temps de vie sur l’exploitation et des opérations qui y sont menées. Cette analyse prévoit des mesures préventives et correctives de bon sens.

En voici quelques-unes :

  • Renforcer la biosécurité extérieure, c’est-à-dire limiter les flux entrants, mais également le recours à des personnels extérieurs et le nombre d’intervenants différents.
  • Limiter la taille des cheptels (plus le cheptel est important, plus le risque de mutation est grand).
  • Éloigner les points de vente de la zone de production et mettre en place un système DRIVE (pas de sortie du véhicule) lorsqu’il y a des ventes directes à la ferme.
  • Mettre en place des haies autour des parcours pour les isoler.
  • Séparer les unités épidémiologiques (sinon UP) les unes des autres en période à risque, dans la mesure du possible et selon un seuil de distance qui empêche les contaminations par aéroportage.

L’objectif de cet audit ciblé est de proposer une alternative au système de dérogation en vigueur jusqu’à présent qui avait été dévoyé par des éleveurs peu scrupuleux. L’analyse de risque ainsi établie se veut être le seul outil qui détermine les conditions d’élevage en période à risque pour tenir compte des spécificités de chaque exploitation. Pour qu’elle soit réalisée dans des conditions optimales, le Modef et la Confédération paysanne proposent qu’elle soit effectuée par des intervenants qui connaissent les caractéristiques des petits élevages de volailles traditionnels et qu’elles ne pèsent pas financièrement sur les éleveurs.

QUALITÉ OU CLAUSTRATION

La claustration en bâtiment est un non-sens idéologique. La claustration à elle seule ne protègera pas les élevages de la contamination par les intervenants extérieurs. La claustration à elle seule ne protègera pas de la diffusion à vitesse grand V du virus au sein des troupeaux trop nombreux. En revanche, la claustration à elle seule détériore considérablement la qualité de vie des animaux, et donc par conséquent la qualité des produits finaux. La claustration à elle seule participe au développement d’autres pathologies comme l’entérite nécrotique, ainsi qu’à des infections limitant la capacité respiratoire du canard. La claustration à elle seule engendre des coûts exorbitants pour les éleveurs qui doivent investir dans des bâtiments, notamment en cette période de raréfaction des matériaux de construction et dans un contexte qui reste incertain pour la filière. La claustration à elle seule dénature complètement la philosophie de l’élevage traditionnel de qualité qui fait la renommée de notre terroir.

A contrario, le plein-air et les filières courtes permettent de répondre à de nombreuses exigences que nous imposent les crises sanitaires successives et à venir : limiter les transports pour réduire le risque de contamination, respecter une densité correcte pour circonscrire efficacement la propagation, produire de la qualité, critère auquel les consommateurs sont de plus en plus attachés.

Le Modef ne nie pas la nécessité de protéger les élevages en période et en zone à risque. Toutefois, il estime que la claustration ne peut pas être la seule possibilité de mise à l’abri des animaux. C’est pourquoi, au cours des négociations avec les acteurs de la filière, il a défendu avec la Confédération paysanne, des moyens de mise à l’abris alternatifs : l’agroforesterie, les effaroucheurs, le miscanthus, le filet, etc. Ce type de protections permettent ainsi de conserver les animaux à l’extérieur donc de respecter les critères imposés pour les filières autarciques et/ou sous label, sans trahir les consommateurs sur le mode d’élevage et par conséquent la qualité du produit.

LA FEUILLE DE ROUTE

C’est assez clair maintenant, pendant ces longs mois de négociations, les représentants syndicaux du Modef ont travaillé en étroite coopération avec ceux de la Confédération paysanne pour défendre un mode d’élevage traditionnel, authentique, le plus respectueux possible des animaux, des éleveurs et des consommateurs. Évidemment, cela n’a pas été sans peine. Les débats ont été âpres, face à des interprofessions et d’autres syndicats qui n’ont d’yeux que pour le modèle intensif.

Les discussions ont abouti à une « Feuille de route » présentée par le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, M. Julien Denormandie, début juillet. Cette feuille de route (cf. ci-dessous) prévoit dans une première partie de « prendre des mesures phares urgentes durant l’été », auxquelles s’ajoutent des « mesures phares complémentaires pour 2021 », puis des « actions à court, moyen et long terme » qui sont précisées dans des tableaux annexes.

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Malgré tout, elle reste très vague et ne reprend que très peu des arguments et propositions portés par le Modef et la Confédération paysanne. Mais la publication à venir d’arrêtés pour en définir plus précisément la mise en application laissait entrevoir une possibilité de poursuivre les négociations et argumentations afin d’obtenir plus de reconnaissance pour le modèle traditionnel. Les syndicats progressistes ont donc décidé de signer cette feuille de route tout en émettant de nombreuses réserves qu’ils espèrent voir intégrées aux arrêtés.

LES RÉSERVES

Les réserves émises par le Modef et la Confédération paysanne reprennent les arguments développés jusqu’ici, mais également les points suivants :

  • Réduire la période à risque du 15 novembre au 15 janvier, afin qu’elle corresponde aux flux migratoires descendants de la faune sauvage. Jusqu’au 15 mars comme elle est prévue, elle conduirait à une baisse de 30 à 35% du nombre de canards pour les éleveurs traditionnels.
  • Supprimer les indemnisations si et seulement s’il est avéré que la non conformité a entraîné l’émergence d’un ou plusieurs foyers.
  • Adapter les modalités de protection des lieux d’alimentation et d’abreuvement aux résultats de l’analyse de risque.
  • Favoriser des méthodes d’équarrissage in situ pour réduire les risques de diffusion.
  • Développer des recherches et expérimentations sur la vaccination. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a déjà fait savoir qu’il était prêt à s’engager dans cette démarche et l’État semble favorable à cet engagement.
  • Diffuser une information loyale aux consommateurs en cas de claustration des volailles et suspendre les labellisations en cas de non-respect de leurs protocoles d’attribution.

Lors d’un entretien en direct avec M. Geiger, coordinateur de la feuille de route, les représentants du Modef et de la Confédération paysanne avaient obtenu des engagements oraux sur la prise en compte de leurs arguments dans la rédaction future des arrêtés. Ces engagements ont été confirmés par le Ministre Denormandie au cours de sa présentation de la feuille de route début juillet.

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